Le Glyphosate

Le débat actuel sur l’utilisation de l’herbicide, Glyphosate, matière active du Roundup pourrait être la partie visible de l’iceberg, éclairant les problèmes fondamentaux de nos institutions à la fois scientifiques et gouvernementales.

Qu’est le Glyphosate

Le glyphosate fut développé par Monsanto dans les années 70 et commercialisé sous le nom commercial de Roundup. Il s’établit rapidement en tant que moyen peu coûteux de contrôle efficace des mauvaises herbes. Le glyphosate est absorbé par les plantes et agit en bloquant la synthèse de certains acides animés dans les apex ou zones de croissance, ce qui entraîne la mort de la plante. Le glyphosate est généralement mélangé avec d’autres matières chimiques pour en faciliter l’application, et en améliorer l’absorption par les plantes. La matière active du glyphosate est tombée dans le domaine public il y a plus ou moins 20 ans, et Monsanto est actuellement en compétition avec d’autres sociétés d’agrochimie, plus particulièrement en Chine, où les compagnies commercialisent le glyphosate sous des noms commerciaux propres à chaque entreprise. Le glyphosate est l’herbicide dominant utilisé en agriculture, et  il est aussi largement utilisé aussi bien dans le domaine privé, que dans le domaine public.

Quel est le lien entre le glyphosate et les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) ?

Les premiers OGM furent des variétés de soja génétiquement modifiées dans lesquelles un gène de résistance au Roundup fut introduit dans l’ADN. Les semences furent développées et commercialisées par Monsanto. L’UE fut défavorable à l’introduction des OGM dans les cultures en Europe mais cela étant, les OGM dominent le marché mondial ; il est estimé qu’environ 90 % du maïs, du soja et du coton cultivé au Etats-Unis est issus de semences « résistantes au Roundup », et cela est probablement aussi le cas pour les autres grandes régions agricoles du globe, telles que le Canada, l’Amérique du Sud, L’Asie, l’Afrique et l’Europe de l’Est. Les cultures OGM dominent le marché de l’industrie alimentaire (inclus les aliments vendus en Europe) et, est en partie responsable du faible coût des aliments dans le commerce et de l’abondance des produits agricoles disponibles.

Pesticides et herbicides

Les gens sont généralement confus au sujet des produits chimiques utilisés en agriculture. Ils les appellent simplement « pesticides », mais en réalité, les « mauvaises herbes » posent un problème plus intraitable en agriculture que ne le font les insectes ravageurs ou les maladies fongiques. Une mauvaise herbe n’est pas un ravageur qui attaque la culture, il s’agit simplement d’une plante qui est plus vigoureuse et mieux adaptée aux conditions locales que ne le sont les plantes cultivées. Les mauvaises herbes croissent plus vite et sont plus efficaces à retirer l’eau et les nutriments du sol, et si une chance leur est donnée, elles priveront de lumière les plantes cultivées. Tout fertilisant épandu sur le sol devient nécessairement un gaspillage de temps et d’argent si des mauvaises herbes sont présentes, puisque les mauvaises herbes s’en trouveront favorisées au net détriment de la culture en place. Alors que les ravageurs peuvent affecter une culture et en réduire la productivité, les mauvaises herbes ont la possibilité d’anéantir une culture entière. L’agriculture consiste fondamentalement à trouver des solutions pour permettre aux cultures de survivre face à la concurrence des mauvaises herbes. Traditionnellement les solutions consistent à passer la binette ou à arracher manuellement les mauvaises herbes. Plus récemment le labour était utilisé pour éliminer les mauvaises herbes avant le semis, et lorsque les herbicides furent introduits, ils étaient utilisés de la même manière, permettant un bon démarrage à la culture dans un sol exempt de mauvaises herbes. Cependant après quelques semaines, les mauvaises herbes réapparaissaient et commençaient à envahir la culture. Avec une culture OGM, il est possible à ce point de pulvériser un herbicide – les mauvaises herbes sont détruites alors que la culture continue normalement sa croissance. Moins de labours sont nécessaires et les rendements sont plus élevés. Traditionnellement les législateurs s’intéressent moins aux herbicides qu’aux autres pesticides, puisqu’il était admis que les produits qui affectaient les plantes ne pouvaient avoir aucun effet sur les individus – La théorie étant que la biochimie des végétaux est radicalement différente de la biochimie animale et qu’il n’y avait aucun recoupement possible.

Le dilemme scientifique

Le débat sur les herbicides dans la communauté scientifique au 21ième siècle fait écho au débat sur la cigarette à la fin du 20ième siècle, mais à un niveau d’échelle bien plus dommageable. Les industries du tabac gagnèrent en notoriété en recrutant des scientifiques reconnus et en les payant pour prouver que le tabac n’était pas dangereux pour la santé. Leurs efforts retardèrent la reconnaissance officielle des liens qui pouvaient exister entre le fait de fumer et l’occurrence des cancers, maladies des poumons et autres problèmes cardiovasculaires. En théorie cela amena les gens à se méfier des résultats de recherche issus du financement par des groupes d’intérêts. Dans le cas des plantes cultivées , cependant il n’y a virtuellement aucune recherche qui ne soit pas financée directement ou indirectement par l’industrie agro-alimentaire. Il n’est donc pas surprenant que tous soutiennent que les herbicides sont sans effet sur la santé humaine mais, de manière stricte ces affirmations sont soutenues par une recherche payée par les intéressés. D’un autre point de vue, les scientifiques médicaux sont payés pour rechercher les causes des problèmes de santé et des maladies. Hors il y a eu de nombreuses études épidémiologiques démontrant les liens entre le glyphosate et le cancer et d’autres maladies, mais les chercheurs de l’agro-industrie prétendent que si leur propre travail est considéré comme ayant certains biais, alors les même critères devraient être appliqués pour juger du financement du travail des scientifiques du secteur de la santé.

La science de l’environnement

Pour rendre les choses encore plus compliquées, il y a une nouvelle science, vaguement connue sur le nom de « science de l’environnement ». Elle ne suit pas les mêmes critères de rigueur communs aux sciences traditionnelles. Lorsque l’on étudie le monde de la nature, il n’est pas possible de conduire des expérimentations en conditions contrôlées, et de manière générale, les sciences de l’environnement vont à l’encontre des principes fondamentaux de l’approche scientifique où chaque élément est observé à partir de ces constituants simples. Dans la plupart des cas, les sciences de l’environnement se basent sur l’idée d’un « bon sens » commun à la majorité de la population, mais les résultats ne sont pas vérifiables en utilisant des méthodes scientifiques conventionnelles.

Une telle idée par exemple est que, le fait de fumer est mauvais pour la santé : pratiquement tout le monde pense que c’est vrai, mais les fumeurs ne veulent pas l’admettre, et il était pratique pour les compagnies du tabac de prétendre ce n’était pas le cas. Dans le même ordre d’idées, personne ne peut croire réellement qu’il est bon d’épandre des centaines de milliers de tonnes de produits chimiques synthétiques sur des millions d’hectares des meilleures terres agricoles du monde pour éradiquer les plantes sauvages qui pousseraient naturellement sur ces terres. Interrogés sur la question, la plupart des individus admettrait que l’on pourrait s’attendre à de sérieuses conséquences négatives si ces herbicides étaient utilisés sans discrimination. Les chercheurs en sciences de l’environnement se basent sur cette hypothèse, et postulent que l’utilisation du glyphosate est liée au rapide déclin des micro-organismes dans le sol, au tassement de la terre et de manière plus générale au déclin de la vie sauvage et des insectes. Ils pointent aussi, la présence de glyphosate dans l’eau et, les effets que cela peut avoir sur la vie aquatique ; et plus récemment, la présence quasi universelle de résidus de glyphosate dans les échantillons d’urine et de sang humains. Quelques unes de ces observations peuvent se révéler infondées, mais qui peut sérieusement croire que le glyphosate utilisé à une telle échelle, puisse être sans effet sur les personnes et sur la vie en général ?

Dilemmes politiques

Dans le monde moderne, tout le monde s’attend à ce que les gouvernements légifèrent sur tout ce qui concerne les choses en rapport avec l’alimentation et la santé. Généralement les gouvernements le font en demandant des « rapports scientifiques de chercheurs indépendants » pour être guidés dans leurs décisions. Dans le cas du glyphosate, les gouvernements n’ont pas ce luxe ; ils sont dans la position de choisir l’opinion d’une approche scientifique sur l’opinion d’une autre approche scientifique et auront à considérer les conséquences suivantes. A ce jour, les gouvernements des Etats-Unis ont largement opté pour les sciences de l’agro-industrie, qui peuvent avoir de sérieuses conséquences environnementales. L’Europe, d’autre part, se tourne plutôt vers le point de vue des sciences de l’environnement, ce qui pourrait entraîner de sérieuses conséquences économiques – si l’Europe décidait d’interdire à la fois, l’utilisation du glyphosate et l’importation d’aliments contenant des résidus de glyphosate, alors non seulement l’agriculture mais aussi toute l’industrie agro-alimentaire se trouveraient menacées, et il n’est pas certain que les étalages des supermarchés se trouveraient aussi bien fournis.

Quelques pays dont la France en particulier, ont déclaré leur intention de transformer leur économie pour la rendre plus durable et plus respectueuse de l’environnement. La question du glyphosate est un moyen de tester précocement cette intention.

Que devrait chacun faire ?

Pour la plupart de personnes, la question du glyphosate est un problème parmi tant d’autres, et comme pour les fumeurs dans le passé, elles préfèrent ne pas savoir même si cela pourrait les tuer. Pour les personnes qui souhaitent aborder sérieusement le problème, il y a très peu d’alternatives. Il semblerait que le corps de chacun contienne du glyphosate mais personne ne peut vraiment expliquer pourquoi, ni comment. L’agitation politique est évidemment une bonne idée, mais étant donné que les politiques n’ont pas de solutions pour résoudre le problème, cela n’est pas suffisant en soi. On pourrait avancer que la cause du problème est que pour certaines raisons les gens ont cessé de désherber à la main. Arracher les mauvaises herbes peut ne pas être considérée comme une activité très séduisante, mais il est difficile de comprendre pourquoi tout le monde considère cela comme étant indigne de leur condition. Désherber permet aux plantes que vous choisissez de faire vivre de prospérer, tout en gardant le contrôle sur les autres plantes, ainsi il n’y a aucun mal de fait. Le désherbage aide à modeler le monde naturel dans une forme qui est favorable à la vie humaine – ce qui ne peut pas être dit à propos du glyphosate.

Gareth Lewis, traduction par Eric Le Quéré

Rapport des Nations Unies sur l’impact des pesticides sur les droits de l’homme

En janvier cette année les Nations Unies ont publié un rapport de l’impact des pesticides sur les droits de l’homme. Il conclut que l’industrie des pesticides était au dessus des lois et, dérégulée. Il n’est plus possible pour un gouvernement seul de protéger ses citoyens des effets néfastes des pesticides appliqués sur des produits agricoles importés des autres pays, et qu’il n’y a plus d’institutions suffisamment puissantes ou  suffisamment indépendantes, pour réguler l’activité de l’industrie agrochimique.

Le rapport donne des preuves qui illustrent à la fois, le danger des pesticides pour la santé humaine, et la menace que cela pose sur la capacité à long terme des agriculteurs à produire suffisamment d’aliments pour nourrir chacun des individus de la population mondiale.

Cependant, le rapport réussit à conclure par une note positive, démontrant que les petits agriculteurs qui se basent sur des techniques écologiques et durables sont potentiellement plus productifs que les grandes unités d’agriculture industrielle – qu’ils pourraient nourrir la population du monde sans avoir besoin d’utiliser des produits chimiques toxiques.

Traduction de l’article du Central Brittany Journal de Septembre 2017 (issue 159)

Le rapport des Nations Unies en français sur Internet:
https://documents-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/G17/017/88/pdf/G1701788.pdf?OpenElement

Impact of Pesticides on Human Rights

United Nations

Human Rights Council

The Impact of Pesticides on Human Rights

A report published by the United Nations in January this year, looked at the impact of pesticides on basic human rights, it highlights a rage of problems resulting from the use of pesticides, which can can be summarised as follows:

 

  1. Death By Poisoning

Pesticides are estimated to be directly responsible for 200,000 deaths by poisoning per year. Most of these deaths are in developing countries where their use is not well regulated.

 

  1. Short-Termism

The reliance on hazardous pesticides is a short-term solution to increases in demand for food, but the food being produced does not necessarily meet basic standards of health and safety.

 

  1. Systematic Denial

The systematic denial by the pesticide industry of the damage inflicted by pesticides has made it more difficult to deal with their impact on human health and on the environment.

 

  1. Human Rights

At the heart of the report is the assertion that the use of pesticides is infringing peoples’ basic human rights to adequate food, to health, to be protected by the state, and to be able to live in a safe environment.

 

Who is Affected?

It might be imagined that pesticides do not pose a significant threat to people living in developed countries, or people living in towns and cities, but the report points out that in addition to farmers, agricultural workers, and communities living near agricultural land, all consumers, but particularly women and children, are at risk of being exposed to toxic levels of pesticides.

The Risk to Consumers: One problem is that little is known aout how different pesticides interact with each other. An individual consumer may take in a “cocktail” of pesticides by eating a variety of foods each of which may have been treated with a different chemical.

The highest levels of pesticides are found on some of the foods that are promoted as being the most healthy: vegetables, leafy greens and fruits. Many pesticides used today are systemic — taken up through the roots and distributed throughout the plant — and therefore washing will not remove them.

Pesticides may also bioaccumulate in farmed animals; this is of particular concern in relation to dairy products. Seafood can also contain particularly high concentrations of pesticides due to the complexity of the marine food chain. Pesticides also present a serious threat to drinking water.

 

Problems with Human Rights Law

One of the main concerns of the report is the failure of existing human rights law to protect people from pesticide exposure: human rights laws have been painstakingly developed over decades through inter-governmental negotiations, and they focus on holding governments to account when basic human rights of their citizens are not respected. There is no effective framework, however, for regulating the activities of large transnational corporations. Recent mergers have resulted in just three powerful corporations – Monsanto and Bayer, Dow and Dupont, and Syngenta and ChemChina – which together control more than 65 per cent of global pesticide sales and almost 61 per cent of commercial seed sales. These companies are in a position to control the direction of agrochemical research, and also to influence legislative initiatives and regulatory agendas in different countries.

It is now difficult to find ‘experts’ in this field who have not at one time or another either worked for, or had their research funded by, one or other of these large companies, and it is therefore next to impossible to establish independent regulatory agencies.

 

Arguments for Pesticides

The argument used to defend the use of pesticides is that without them we would not be able to feed all the people in the world. The authors of the report could find no scientific evidence to support this assertion, and found such claims to be dangerously misleading. In the medium to long term, pesticide use could increase the risk of crop loss, due to pests becoming resistant, and natural control mechanisms being destroyed.

 

Alternative to extensive use of pesticides: agroecology

Despite its bleak assessment of the current state of affairs in global agriculture, the report concludes with an up-beat assertion that a different approach to agriculture could radically change everything for the better. It cites evidence that sustainable ‘agroecology’ is capable of feeding everyone in the world, without the need for toxic chemicals. If the ecology of the entire food system is taken into account, agricultural practices can be adapted to local environments, and pest populations would be kept under control by biological mechanisms. This would build long-term fertility and soil health, and, in addition, would help to secure livelihoods for smallholder farmers.

 

Conclusions

The report concludes ‘that while there is no shortage of international and national legislation, as well as non-binding guidelines, such instruments are failing to protect humans and the environment from hazardous pesticides. Today’s dominant agricultural model is highly problematic, not only because of damage inflicted by pesticides, but also their effects on climate change, loss of biodiversity and inability to ensure food sovereignty.

Political will is needed to re-evaluate and challenge the vested interests, incentives and power relations that keep industrial agrochemical-dependent farming in place.’

 

 

The full text of the report can be found on the United Nations website:

https://documents-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/G17/017/85/PDF/G1701785.pdf?OpenElement

Combien pouvez vous tirez de votre terre en toute sécurité ?

Une chose dont nous ne manquons pas dans notre société, ce sont des experts, et on pourrait supposer que grâce à tous les professeurs d’université et aux scientifiques gouvernementaux, une quantité considérable de connaissances existe en réponse à la question de savoir la quantité de produits qu’il est possible de retirer en toute sécurité d’une surface donnée de terre sans que la fertilité en soit affectée. Toutefois si cette connaissance existe, elle n’est disponible dans le domaine publique.

Cela est peut être du au fait que l’agriculture moderne a évolué de telle manière que ses promoteurs ne reconnaissent pas le concept de la fertilité du sol : les scientifiques considèrent qu’un champ est plus ou moins composé de matière inerte. Une analyse est réalisée et des nutriments sont apportés en quantité et en proportion requise pour une culture particulière. Une fois que la culture a atteint sa maturité, la totalité du matériel récolté peut être vendue l’industrie agro-alimentaire et, en théorie la terre retrouve le même niveau de fertilité qu’elle avait au départ, sans perte de fertilité. Un des problèmes de cette technique est qu’elle laisse les agriculteurs à la merci de l’industrie agro-alimentaires et des usines d’équipements agricoles – ils doivent avoir un tracteur moderne, des outils modernes, doivent utiliser les dernières variétés de culture (possiblement génétiquement modifiées), les dernières formulations chimiques et sont conseillés par d’onéreux consultants en agriculture pour opérer. S’ils sont chanceux, les recettes couvriront tous ces coûts, et leur travail sera récompenser, mais ils n’ont aucune possibilité de contrôle sur la profitabilité de leurs exploitations ou sur la manière de les gérer.

Le problème est encore plus sérieux en ce qui concerne les consommateurs, qui en achetant des produits alimentaires se retrouvent à financer des industries qu’ils n’approuvent pas, et à engendrer un impact négatif direct ou indirect sur leur santé.

Pour un nombre croissant de personnes, la réponse est d’acheter des produits biologiques et de soutenir des petits producteurs ; mais à ce point ils se trouvent face à cette question de savoir combien de produits peuvent être retiré de la terre avant que la fertilité en soit réduite.

Cela n’est pas une question piège (i.e. la réponse n’est pas rien). La Nature est capable de capter l’énergie du soleil, et de la convertir en matière végétale, simplement en utilisant les éléments basiques que sont l’eau, l’air et les minéraux que les plantes peuvent extraire du sol. Si tous les produits sont consommés localement, alors la terre s’enrichit en matières organiques et en minéraux qui sont les sources d’alimentation pour les organismes du sol – champignons, bactéries et insectes. Ces organismes contribuent, à aérer le sol rendant possible le développement racinaire et, à augmenter les réserves en eau. Ils constituent également une source alimentaire pour les animaux des niveaux supérieurs de la chaîne alimentaire, i.e. une proportion non négligeable des produits générés sur une ferme autogérée sert à nourrir la « vie sauvage », et la présence de « vie sauvage » est à la fois un indicateur de la fertilité des sols, et un élément essentiel dans le maintient de cette fertilité.

Lorsque vous travaillez une parcelle de terre, la quantité de « vie sauvage » que vous pourrez observer peut servir de guide pour savoir si oui ou non vous sur-exploitez votre sol. Si la surface de terre est faible, vous ne pourrez espérer voir une augmentation immédiate du nombre des grands mammifères ou d’oiseaux – le processus commence avec les petits insectes et les vers que vous voyez lorsque vous travaillez la terre. Si votre champ est entouré de vastes champs cultivés de manière industrielle, alors il sera toujours difficile pour les grandes créatures de survivre, mais la Nature n’est pas sans ressource, et au fil du temps, un écosystème stable s’établira, le sol deviendra plus riche, les petits oiseaux restreindront leurs territoires à la superficie de votre champ, grenouilles et crapauds commenceront à apparaître, il y aura aussi des lézards, des vipères, des bourdons, des papillons, des campagnols et des petits mammifères.

Plus un champ devient fertile, plus il sera possible d’en retirer de produits – mais il n’y a pas de raccourcis ; en amenant des fertilisants de l’extérieur, il est possible de stimuler les cultures, mais cela n’aide pas les organismes du sol, et la tâche de la restauration de la fertilité se trouve alors simplement reportée à plus tard.

« Une introduction à l’agriculture du XXIe siècle – la travail à la houe – un antidote à la globalisation » en cours de traduction.

Agriculture à la Houe

L’agriculture à la houe implique le fait de casser la surface du sol avec une houe plutôt qu’avec une charrue ou un « rotavator » (fraise rotative). A partir de là, plusieurs choses interviennent. En premier lieu la traction animale d’une ferme travaillée à la houe est l’agriculteur lui-même ou elle-même. Cela conditionne une forme d’agriculture plus intelligente et plus économe : si l’agriculteur fait tout le travail lui-même ça n’est pas dans son intérêt de faire plus qu’il n’en est nécessaire, le travail sera fait avec plus d’attention et de précision qu’il n’est possible par l’utilisation d’un animal ou d’une machine. De plus, le concept de ferme devient bien plus simple – l’agriculteur produit des aliments pour lui-même et sa famille et la famille travaille également sur la ferme – sans complications extérieures. Quand la traction animale est employée pour faire le travail, plus de terres sont nécessaires pour produire de la nourriture pour l’animal qui plus est se trouve être de grande taille que ce soit un cheval, un âne ou un bœuf ; pour justifier cet espace supplémentaire, l’animal doit être occupé, ainsi plus de cultures que nécessaires sont implantées, du surplus est produit et doit être vendu, l’agriculteur n’est plus simplement à produire de l’aliment pour combler ses propres besoins mais se trouve alors impliqué dans le commerce agricole. Avec l’aide d’un tracteur cela devient encore plus complexe : l’agriculteur n’a pas besoin de plus de terrain pour nourrir son tracteur mais quelqu’un, quelque part, doit forer pour extraire du pétrole, le raffiner en combustible utilisable par le tracteur et quelqu’un doit faire fonctionner l’industrie de construction des tracteurs. L’agriculteur doit avoir l’argent pour acheter le tracteur et le fuel, et se trouve dans une situation bien éloignée du simple processus de produire de l’aliment pour sa propre famille.
Tout ceci a des conséquences, maintenant invisibles au niveau des pays européens : quand un terroir est cultivé par la houe, le travail est fait par l’agriculteur et il ou elle forme le paysage pour l’adapter à ses propres besoins personnels. Cela veut dire que les champs doivent être de petites tailles, en terrasses et entourés de talus avec des arbres émondés. Les nouveaux champs seront de faibles superficies, les maisons construites à partir de matériaux naturels, autour desquelles se trouveront les champs les plus riches et les plus fertiles. Les chemins seront bordés d’arbres, juste assez larges pour permettre la passage d’une personne portant une charge de foin ou de bois par exemple. De plus, un paysage d’agriculture à la houe sera égayé par des fleurs sauvages, des oiseaux et toute sorte de vie sauvage – un sol fertile, des arbres, une échelle plus humaine de travail seront non seulement favorables aux humains mais aussi également aux plantes et aux animaux.
Lorsque sont utilisés des tracteurs ou des animaux, le paysage doit être façonné pour s’adapter à leurs besoins, la campagne cesse alors d’être aussi verdoyante et accueillante.
L’agriculture à la houe n’est pas uniquement un système pour cultiver de la nourriture mais aussi un moyen de vivre en harmonie avec la Nature, ce qui permet aux êtres humains de construire leur environnement propre où ils se sentiront chez eux.

How Much Can You Safely Take Out From the Land?

One thing that we are not short of in our society is experts, and it would be supposed that amongst all the university professors and government scientists there would exist a considerable body of knowledge relating to how much produce it is safe to take from a particular area of ground before it starts to suffer a loss of fertility. However, if this knowledge does exist, it has never been put in the public domain.
This may be because modern farming has evolved in such a way that its proponents do not fully acknowledge the concept of soil fertility at all: agricultural science treats a field as though it is composed of more-or-less inert matter, a soil analysis is conducted, and nutrients are added in the quantities and proportions required for a particular crop. Once the crop reaches maturity, one hundred per cent of the harvested material can be sold to the food-processing industry, and, in theory, the land is left no worse than at the beginning. One problem with this technique is that it leaves the farmer completely at the mercy of the global agro-chemical and agricultural-equipment industry – they have to have a modern tractor, modern equipment, and prairie-like fields in order to be part of the system, and they then have to use the latest crop varieties (possibly genetically modified), and the latest chemical formulations, backed up by expensive agricultural consultants, in order to operate. If they are lucky, the price they are paid for their produce will offset all these costs, and compensate them for their work, but they have no personal control over whether or not their farms are profitable, or how they manage them.
An even more significant problem faces the consumer, who, by purchasing a food products, may find themselves financing industries of which they do not approve, and which may even be having a direct, or indirect negative impact upon their health
For a growing number of people, the answer is to buy organic, and to support small-scale producers: but then they come back to the question of how much produce can safely be removed from a farm before fertility is reduced.
This is not a trick question (i.e. the answer isn’t nothing). Nature is able to capture the sun’s energy, and convert it into vegetable matter, simply using the basic ingredients of water, air and minerals which plants can extract from the ground. If everything is consumed locally, then the land becomes richer and richer in organic matter and minerals, its fertility increases, and it produces more crops. The most important element of soil fertility is derived from the presence of organic matter which is a source of food for soil-based organisms – fungae, bacteria and insects. These organisms help to aerate the soil, making it possible for plant roots to thrive, and helping in water retention. They also provide a food source for animals higher up the food chain, i.e. a sizable proportion of the produce produced on a self-sustaining farm goes to feed wildlife, and the presence of wildlife is both an indicator of fertile soil, and an essential element in maintaining soil fertility.
When working a piece of land, the amount of wildlife that you see can be taken as a guide to whether or not you are taking too much away. If the area of land is small, you cannot expect to see an immediate rise in the number of large mammals and birds – the process starts with small insects, and worms that you see when you are working the ground. If your land is surrounded by large, industrially-farmed fields, then it might always be difficult for larger creatures to survive, but Nature is very resourceful, and over time, a stable eco-system will be established, the soil will become richer, small birds will restrict their territories to the area of your land, frogs and toads will start to appear, there will be lizards, and snakes, bumble bees, butterflys, voles, and small mammals.
The more fertile a piece of land becomes, the more that can be taken from it – but there is no short cut; bringing in fertilisers and chemicals from outside, might boost the crop, but does not help the soil organisms, and the task of restoring soil fertility is simply put off till another day.

An Antidote to Globalisation

Does Globalisation need an antidote? For many people it clearly does not – globalisation is promoted by business and political elites as the process by which everyone can get what they want at a price they can afford. As far as one can judge, the majority of the world accepts this claim at face value, and if people have any problem with it at all, it is generally that they are worried about not having enough money to buy as many of the things offered by globalisation as they would like.
However, no matter how good something might appear to be to the majority, there is bound to be an awkward minority who do not want it, and, in a democratic society, this minority is generally tolerated, and allowed to opt out.
One of the problems with globalisation, however, is that the more people talk about opting out, the more enmeshed they often become. An example of this has been provided by the Brexit debate in the UK; many voters appear to have been attracted to the idea that Britain could return to simpler, pre-EU, times where communities were stronger, products on sale were British made, and everyone felt safer. However, few people seriously wanted to go back to a life without computers, the internet, or any modern technology, and, as a result, it now looks as though British people will have to accept being even more subject to the exigencies of the global economy than before.
Hoe farming is an antidote to the global economy, not necessarily because it offers the chance to completely opt out of it, but because it offers the chance to opt out completely in one particular field of activity. For example, if you can grow a potato crop without having to resort to the use of a rotovator or chemicals, but still produce a large surplus, it gives you a taste of freedom from the need to shop for food. Similarly, if you have one wood-burner in your home supplied with fuel that you cut yourself from coppiced trees, you gain freedom from the idea that even renewable energy involves buying products manufactured in Chinese factories, using products mined in the wilds of Mongolia.
Hoe farming in the twenty-first century is an antidote to globalisation because it puts power back into the hands of those individuals who want some control over their own lives.