Rapport des Nations Unies sur l’impact des pesticides sur les droits de l’homme

En janvier cette année les Nations Unies ont publié un rapport de l’impact des pesticides sur les droits de l’homme. Il conclut que l’industrie des pesticides était au dessus des lois et, dérégulée. Il n’est plus possible pour un gouvernement seul de protéger ses citoyens des effets néfastes des pesticides appliqués sur des produits agricoles importés des autres pays, et qu’il n’y a plus d’institutions suffisamment puissantes ou  suffisamment indépendantes, pour réguler l’activité de l’industrie agrochimique.

Le rapport donne des preuves qui illustrent à la fois, le danger des pesticides pour la santé humaine, et la menace que cela pose sur la capacité à long terme des agriculteurs à produire suffisamment d’aliments pour nourrir chacun des individus de la population mondiale.

Cependant, le rapport réussit à conclure par une note positive, démontrant que les petits agriculteurs qui se basent sur des techniques écologiques et durables sont potentiellement plus productifs que les grandes unités d’agriculture industrielle – qu’ils pourraient nourrir la population du monde sans avoir besoin d’utiliser des produits chimiques toxiques.

Traduction de l’article du Central Brittany Journal de Septembre 2017 (issue 159)

Le rapport des Nations Unies en français sur Internet:
https://documents-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/G17/017/88/pdf/G1701788.pdf?OpenElement

Combien pouvez vous tirez de votre terre en toute sécurité ?

Une chose dont nous ne manquons pas dans notre société, ce sont des experts, et on pourrait supposer que grâce à tous les professeurs d’université et aux scientifiques gouvernementaux, une quantité considérable de connaissances existe en réponse à la question de savoir la quantité de produits qu’il est possible de retirer en toute sécurité d’une surface donnée de terre sans que la fertilité en soit affectée. Toutefois si cette connaissance existe, elle n’est disponible dans le domaine publique.

Cela est peut être du au fait que l’agriculture moderne a évolué de telle manière que ses promoteurs ne reconnaissent pas le concept de la fertilité du sol : les scientifiques considèrent qu’un champ est plus ou moins composé de matière inerte. Une analyse est réalisée et des nutriments sont apportés en quantité et en proportion requise pour une culture particulière. Une fois que la culture a atteint sa maturité, la totalité du matériel récolté peut être vendue l’industrie agro-alimentaire et, en théorie la terre retrouve le même niveau de fertilité qu’elle avait au départ, sans perte de fertilité. Un des problèmes de cette technique est qu’elle laisse les agriculteurs à la merci de l’industrie agro-alimentaires et des usines d’équipements agricoles – ils doivent avoir un tracteur moderne, des outils modernes, doivent utiliser les dernières variétés de culture (possiblement génétiquement modifiées), les dernières formulations chimiques et sont conseillés par d’onéreux consultants en agriculture pour opérer. S’ils sont chanceux, les recettes couvriront tous ces coûts, et leur travail sera récompenser, mais ils n’ont aucune possibilité de contrôle sur la profitabilité de leurs exploitations ou sur la manière de les gérer.

Le problème est encore plus sérieux en ce qui concerne les consommateurs, qui en achetant des produits alimentaires se retrouvent à financer des industries qu’ils n’approuvent pas, et à engendrer un impact négatif direct ou indirect sur leur santé.

Pour un nombre croissant de personnes, la réponse est d’acheter des produits biologiques et de soutenir des petits producteurs ; mais à ce point ils se trouvent face à cette question de savoir combien de produits peuvent être retiré de la terre avant que la fertilité en soit réduite.

Cela n’est pas une question piège (i.e. la réponse n’est pas rien). La Nature est capable de capter l’énergie du soleil, et de la convertir en matière végétale, simplement en utilisant les éléments basiques que sont l’eau, l’air et les minéraux que les plantes peuvent extraire du sol. Si tous les produits sont consommés localement, alors la terre s’enrichit en matières organiques et en minéraux qui sont les sources d’alimentation pour les organismes du sol – champignons, bactéries et insectes. Ces organismes contribuent, à aérer le sol rendant possible le développement racinaire et, à augmenter les réserves en eau. Ils constituent également une source alimentaire pour les animaux des niveaux supérieurs de la chaîne alimentaire, i.e. une proportion non négligeable des produits générés sur une ferme autogérée sert à nourrir la « vie sauvage », et la présence de « vie sauvage » est à la fois un indicateur de la fertilité des sols, et un élément essentiel dans le maintient de cette fertilité.

Lorsque vous travaillez une parcelle de terre, la quantité de « vie sauvage » que vous pourrez observer peut servir de guide pour savoir si oui ou non vous sur-exploitez votre sol. Si la surface de terre est faible, vous ne pourrez espérer voir une augmentation immédiate du nombre des grands mammifères ou d’oiseaux – le processus commence avec les petits insectes et les vers que vous voyez lorsque vous travaillez la terre. Si votre champ est entouré de vastes champs cultivés de manière industrielle, alors il sera toujours difficile pour les grandes créatures de survivre, mais la Nature n’est pas sans ressource, et au fil du temps, un écosystème stable s’établira, le sol deviendra plus riche, les petits oiseaux restreindront leurs territoires à la superficie de votre champ, grenouilles et crapauds commenceront à apparaître, il y aura aussi des lézards, des vipères, des bourdons, des papillons, des campagnols et des petits mammifères.

Plus un champ devient fertile, plus il sera possible d’en retirer de produits – mais il n’y a pas de raccourcis ; en amenant des fertilisants de l’extérieur, il est possible de stimuler les cultures, mais cela n’aide pas les organismes du sol, et la tâche de la restauration de la fertilité se trouve alors simplement reportée à plus tard.

« Une introduction à l’agriculture du XXIe siècle – la travail à la houe – un antidote à la globalisation » en cours de traduction.

Agriculture à la Houe

L’agriculture à la houe implique le fait de casser la surface du sol avec une houe plutôt qu’avec une charrue ou un « rotavator » (fraise rotative). A partir de là, plusieurs choses interviennent. En premier lieu la traction animale d’une ferme travaillée à la houe est l’agriculteur lui-même ou elle-même. Cela conditionne une forme d’agriculture plus intelligente et plus économe : si l’agriculteur fait tout le travail lui-même ça n’est pas dans son intérêt de faire plus qu’il n’en est nécessaire, le travail sera fait avec plus d’attention et de précision qu’il n’est possible par l’utilisation d’un animal ou d’une machine. De plus, le concept de ferme devient bien plus simple – l’agriculteur produit des aliments pour lui-même et sa famille et la famille travaille également sur la ferme – sans complications extérieures. Quand la traction animale est employée pour faire le travail, plus de terres sont nécessaires pour produire de la nourriture pour l’animal qui plus est se trouve être de grande taille que ce soit un cheval, un âne ou un bœuf ; pour justifier cet espace supplémentaire, l’animal doit être occupé, ainsi plus de cultures que nécessaires sont implantées, du surplus est produit et doit être vendu, l’agriculteur n’est plus simplement à produire de l’aliment pour combler ses propres besoins mais se trouve alors impliqué dans le commerce agricole. Avec l’aide d’un tracteur cela devient encore plus complexe : l’agriculteur n’a pas besoin de plus de terrain pour nourrir son tracteur mais quelqu’un, quelque part, doit forer pour extraire du pétrole, le raffiner en combustible utilisable par le tracteur et quelqu’un doit faire fonctionner l’industrie de construction des tracteurs. L’agriculteur doit avoir l’argent pour acheter le tracteur et le fuel, et se trouve dans une situation bien éloignée du simple processus de produire de l’aliment pour sa propre famille.
Tout ceci a des conséquences, maintenant invisibles au niveau des pays européens : quand un terroir est cultivé par la houe, le travail est fait par l’agriculteur et il ou elle forme le paysage pour l’adapter à ses propres besoins personnels. Cela veut dire que les champs doivent être de petites tailles, en terrasses et entourés de talus avec des arbres émondés. Les nouveaux champs seront de faibles superficies, les maisons construites à partir de matériaux naturels, autour desquelles se trouveront les champs les plus riches et les plus fertiles. Les chemins seront bordés d’arbres, juste assez larges pour permettre la passage d’une personne portant une charge de foin ou de bois par exemple. De plus, un paysage d’agriculture à la houe sera égayé par des fleurs sauvages, des oiseaux et toute sorte de vie sauvage – un sol fertile, des arbres, une échelle plus humaine de travail seront non seulement favorables aux humains mais aussi également aux plantes et aux animaux.
Lorsque sont utilisés des tracteurs ou des animaux, le paysage doit être façonné pour s’adapter à leurs besoins, la campagne cesse alors d’être aussi verdoyante et accueillante.
L’agriculture à la houe n’est pas uniquement un système pour cultiver de la nourriture mais aussi un moyen de vivre en harmonie avec la Nature, ce qui permet aux êtres humains de construire leur environnement propre où ils se sentiront chez eux.